Chachapoyas 2: Kuelap, le sanctuaire.
Mercredi 10 décembre 2008
Au croisement de trois vallées encaissées, en plein cœur du territoire chachapoya (ou sachapoya) j’avais passé la nuit à l’auberge El Chillo, un bien sympathique havre de paix, au bord de la rivière arrosant le hameau de El Tingo.

Aux premiers frissons de l’aurore nous voilà déjà en route vers la plus célèbre des cités chachapoya, Kuelap, perdue dans les brumes des cimes, depuis le Xème siècle ap. JC.
Au fil de la montée dans l’entrelacs des vallées étroites encore endormies, la piste se faisait plus sinueuse sous les phares du véhicule. Nous frôlions un abîme sans fond, et les tripes se nouaient joyeusement.
Une heure plus tard j’abandonnais le véhicule, pour commencer à gravir le petit sentier conduisant à une curieuse montagne tronquée; on y devinait déjà une ligne de structures. Je suivais des yeux une première enceinte de fortifications qui courrait dans les bosquets touffus. Actuellement en cours de dégagement, elle donnera sans nul doute le vertige quant à la dimension finale du site qui se cachait ici.
Les nuages, comme de majestueux linceuls, refusaient de se retirer, cachant en grande partie le sanctuaire de ce peuple énigmatique.
J’ai parcouru les derniers cent mètres en me laissant gagner par le charme croissant des lieux. A mesure que nous approchions, la taille des remparts ceinturant la cité s’avérait proprement stupéfiante. On se sent tout petit devant la colossale cité qui couronne entièrement un ample sommet rocheux, dominant par ailleurs toute la région.
C’est là que le soleil déchira les nuages et qu’en moins d’un quart d’heure une chaleur délicieuse remplaça l’humidité glaciale des 3000 mètres d’altitude du plateau.

J’arrivais maintenant à pied d’œuvre et j’étais complètement dominé par des remparts longs de 600 mètres et culminant par endroits à plus de 19 mètres de haut ! Mais que renfermaient-ils ? Trois entrées seulement les perçaient. Très étroites, elles débouchent sur de profonds goulets en pente, eux-mêmes surmontés de parois infranchissables.

La configuration des lieux ne permettait aucun mouvement aux assaillants que les défenseurs pouvaient aisément neutraliser.
Arrivé en haut du passage principal en forme d’impasse, on se retrouve au cœur d’une cité fortifiée, à la fois organisée mais ayant gardé beaucoup d’harmonie avec la nature environnante.

Riche de quatre cents habitations, de petits palais en ruine et de tombes à dégager, on ne peut que se laisser gagner par l’envoûtement que dégage Kuelap. L’agencement des terrasses, les immenses plateformes empilées semblent-ils les unes sur les autres et les passages entre les niveaux différents, donnent un charme fou à l’ensemble.

La Nature, qui avait repris ses droits sur les lieux abandonnés au fil des siècles, renforce l’extrême poésie des lieux. Des mousses vertes et rouges disputent aux colonies de broméliacées les branches des arbres, d’où pendent en guirlandes de véritables draperies de lichens.

Les orchidées les plus rares ajoutent leurs touches exubérantes au tableau de ce luxuriant jardin suspendu et les pas du visiteur se doivent d’être lent pour capter tant de magie.
On dit qu’il fallu plus de pierres pour construire Kuelap que pour la pyramide de Gizeh ! Et devant tant de murs et murets rencontrés durant les heures passées dans la cité, on mesure que cette affirmation pourrait bien s’avéré vraie.

Les habitations de forme ronde sont constituées de pierres ajustées et n’étaient surmontées que de toit de chaume. L’une d’entre elles à été reconstituée et donne une petite note de village de Schtroumpfs (dit sans moquerie aucune !) Certaines d’entre elles sont décorées de frises abstraites, d’un style aisément identifiable. Malgré des travaux de dégagement avançant maintenant à bonne vitesse, 70% de la cité chachapoya reste à dégager et il est certain que bien des surprises attendent les archéologues.

En plein travaux de dégagement, un très singulier édifice a été nommé « El tintero » (l’encrier), pour sa forme. Au moment de ma visite une fébrile y activité régnait car on venait de dégager une cavité, mi-tombe, mi-chambre rituelle. Quelle cérémonie chamanique se déroulait ici ? Les travaux des spécialistes devraient répondre à ces questions.
À l’autre bout du site, un grand ensemble nommé « El Castillo » (le château) serait d’époque inca. Les Incas, implacables conquérants, ont en effet réussi à envahir la cité si bien défendue, grâce à l’absence de source d’eau à l’intérieur des murs.

Quels secrets habitent encore au creux de ces murs dormant sous leur gangue végétale ? Pourront-ils nous donner des réponses aux questions qui planent ici ? Kuelap était-il la résidence de l’élite Chachapoya ? Leur centre administratif ? Leur siège religieux ? Ou encore un immense grenier à grains ?

À l’extrême nord de la cité, dominé par la tour de guet nommée Atalaya, un immense éperon rocheux abrite des dizaines de tombes… Elles livreront très certainement d’autres secrets sur les Chachapoyas, devenus décidément la « culture précolombienne surprise » du Pérou !
C’est depuis cet endroit, dans le silence des cimes, que la vue porte le regard si loin…on se laisse alors gagner par la splendeur du paysage, et l’on ne sait que choisir, entre se sentir condor ou épervier.

Merci de tout coeur de me faire voyager! J’en ai les larmes au yeux… comment rester insensible à tant de beauté pure.
Et que de plaisir de lire tes textes. Dikke kus van alle smurfjes hier! Tu nous manques énormément!!
De superbes photographies qui me donnent des ailes.
J’aimerais savoir davantage sur la culture de cette civilisation perdue. Et merci de transmettre encore d’aussi belles photos.